Les vêtements de qualité existent-ils encore ?

impact environnemental de nos choix vestimentairesJe reçois régulièrement des témoignages de lecteurs et lectrices déçu(e)s par les marques qu’on vante comme étant “semi-luxe” : Maje, Sandro, Claudie Pierlot, Ba&sh et plus récemment Sézane. Des marques qui m’ont moi aussi déçues comme je l’ai déjà expliqué dans deux précédents articles (ici pour les premières et ici pour Sézane). C’est simple, on se demande toutes et tous vers quelles marques nous tourner. Qui aujourd’hui produit encore de la bonne qualité, qui se distingue par des produits qu’on garde plus que par de la mode jetable à raison de 10 collections par an ? Les vêtements de qualité existent-ils encore ?

Pourquoi cet article ?

Parce que c’est une question que tout le monde se pose ! A-t-on sacrifier définitivement la qualité sur l’autel de la quantité ?

Il y a quelques temps, je rendais visite à ma grand-mère. Elle avait fait du tri et retrouvé dans son armoire à chaussures un petit trésor : une paire de magnifiques souliers à talon bordeaux. Le cuir, la couleur et la coupe étaient d’une qualité incroyable. Elle m’annonça toute fière que c’était la paire qu’elle avait fait faire par son cordonnier il y a presque 40 ans pour le mariage de mes parents. Ce n’était pas de la haute couture, ce n’était pas une paire hors de prix. Mes grands parents étaient ouvriers et ne pouvaient pas s’offrir du luxe, même pour une telle occasion. Sauf qu’à l’époque, pour un prix certes plus élevé que pour une paire de chaussures de tous les jours, on avait quelque chose d’extraordinaire, fait mains. Est-ce que c’est encore possible aujourd’hui ? Je n’en suis pas certaine.

Aujourd’hui pour moi, acheter Maje, Ba&sh et consorts c’est un peu le même effort financier que celui fait à l’époque par ma grand-mère pour s’offrir ses chaussures. On met un peu plus, on va au delà de ce qu’on mettrait en temps normal en se disant “ça va durer, c’est de la qualité” ou simplement, on dépense un peu plus pour une grande occasion et pour des vêtements à la coupe qui se démarque, chics et “de bonne qualité”. Sauf qu’aujourd’hui, ces marques ont développé un business plan qu’elles appliquent toutes à la lettre :

  1. Pour se lancer, la marque donne le meilleur, de beaux vêtements, originaux, avec juste ce qu’il faut d’originalité pour se distinguer des autres tout en restant chic et à la pointe de la mode. Les vêtements sont vendus à prix raisonnables et de bonne voir d’excellente qualité, généralement avec des matières nobles comme de la soie. Tout est fabriqué en France ou en Europe.
  2. La marque commence à être connue, on commence à voir des boutiques fleurir aux 4 coins de la France. Les prix augmentent discrètement, les matières commencent à se mélanger à d’autres, un peu moins nobles que leurs grandes soeurs. La fabrication s’expatrie au Maghreb ou en Europe de l’Est.
  3. La marque est au top de la popularité. Incontournable des modeuses, présente sur tous les blogs/réseaux sociaux et sur YouTube, même des stars commencent à en porter. On les voit dans nos séries préférées. Des boutiques poussent comme des petits pains dans le monde entier. Les prix augmentent très franchement et les matières nobles sont désormais aux oubliettes. Par contre, si jamais on en utilise, on n’oublie pas de l’afficher en gros sur un panneau en magasin, on en fait la promo partout et on double le prix de l’article en vous rappelant que oui ça vaut 300€ “mais c’est de la soie Madame !”. Les vêtements restent stylés mais la qualité n’a plus rien à voir. Et au bout de quelques ports, c’est le vêtement qui n’a plus rien à voir. Les pulls boulochent, les ourlets se détachent facilement, des fils apparaissent près des boutons mal cousus, les doublures se trouent à la vitesse de l’éclair, bref, c’est du bas de gamme à prix d’or. La fabrication s’expatrie en Asie.

C’est exactement ce qu’il s’est passé pour Maje, Sandro et Claudie Pierlot (MSCP). C’est ce qu’il semble se passer aujourd’hui pour Sézane. Les “faits avec amour à Paris/au Portugal” sont devenus “faits avec amour en Tunisie” puis ont disparu pour être remplacés par une discrète mention “fabriqué en Chine”. Je trouve néanmoins que Sézane jusqu’à maintenant propose une qualité bien meilleure que celle offerte par le groupe MSCP. Récemment, on me parle beaucoup de Ba&sh, qui est devenu très populaire et qui propose de jolies vêtements certes mais à un prix qui pour moi est juste inacceptable pour, la plupart du temps, du polyester made in China.

Ma sélection de marques

Est-il encore possible d’acheter de belles pièces françaises ou européennes ? Les vêtements de qualité existent-ils encore ? J’ai sélectionné pour vous plusieurs marques qui font encore l’effort de la qualité et qui ne sont pas de l’ultra luxe inaccessible. Je précise qu’il n’y a pas d’ordre de préférence, il n’y a pas d’ordre tout court !

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L’Atelier de Camille

100% made in Paris, chic et efficace.

J’ai découvert l’Atelier de Camille il y a quelques années maintenant. Mon premier achat était une belle robe rouge. Les finitions étaient vraiment jolies, j’avais vraiment été ravie. Ce qui avait entrainé une autre commande, dont j’étais tout autant satisfaite. Les collections sont assez intemporels, les vêtements sont parfaits pour aller travailler et les prix sont accessibles. J’insiste sur “parfaits pour aller travailler” car je suis souvent scotchée par les lookbooks de certaines marques qui proposent des articles certes jolis mais franchement difficilement mettables la semaine au travail. En tout cas pas en Suisse et pas dans mon entreprise… Parfois les coupes sont biens mais les matériaux utilisés sont quasi transparents. Je crois que peu sont les femmes qui peuvent aller au travail avec une chemise à moitié transparente laissant entrevoir leurs sous-vêtements. C’est le problème de beaucoup trop de top, blouses et chemises dans de nombreuses marques ! Mais pas ici !

Songe Lab

100% made in France, dessiné par une française vivant à Singapour

Un article sur les vêtements de qualité sans Songe Lab ne serait pas un article complet ! C’est une marque que j’ai découvert il y a un petit moment maintenant grâce à leur top Salazie, un intemporel incontournable et une pièce emblématique de la marque. Je suis la créatrice, Nathalie, sur les réseaux depuis longtemps. Je n’avais encore jamais passé de commande avant cette année. Et je dois dire que je suis vraiment super satisfaite ! Les matières sont dingues, tout est parfait. Pour vous donner un exemple, j’ai commandé un très joli gilet et malheureusement, en l’enlevant, mon bracelet s’est pris dans la manche au niveau du poignet. Je sentais que le bracelet était vraiment bien planté dans la maille. J’étais assez convaincue que je venais de ruiner mon nouveau gilet doudou fraichement arrivé en Suisse et j’étais franchement dépitée. Sauf qu’en fait pas du tout, le bout de la manche était doublé, j’ai enlevé délicatement le bracelet ni vu ni connu, pas une seule marque. Franchement super ravie car j’ai déjà eu des accidents similaires avec d’autres marques et ça a toujours fini en un joli trou. J’ai ensuite commandé la chemise Dempsey, pour moi une des plus jolies pièces de mon dressing, réalisée dans un tissu juste superbe, bien épais, bref, je l’adore. J’ai commandé aussi des robes et beaucoup de petites merveilles depuis. Ce sont toujours des articles élégants et simples à la fois dans des couleurs généralement assez sobres. J’aime beaucoup !

Anniel

100% made in Italy

Ma marque fétiche pour de jolies chaussures en cuir. Les ballerines, les slippers, les derbies,… Tout est très joli. Un style à part. Bohème, rêveur, presque enfantin. La qualité est au rendez-vous et les prix pas excessifs. J’en porte depuis des années, je ne suis jamais déçue.

Balzac Paris

100% made in Europe

J’ai testé Balzac pour la première fois cette année. Une jupe fleurie et une robe en soie. C’est vraiment pas mal, la qualité est là. Je trouve les coupes assez classiques mais je pense que ce sont de bons basiques et que ça peut vraiment être adapté à toutes les gardes-robes et pour (presque) toutes les occasions. En plus, les matières sont vraiment belles, la soie de la robe, le coton de la jupe, rien à dire, c’est solide, c’est beau, c’est qualitatif ! J’apprécie vraiment le côté facile à porter au travail des pièces Balzac. J’insiste beaucoup là dessus me direz-vous mais c’est tout de même 5 jours sur 7 pour lesquels nos tenues sont soumises à quelques conditions ! Je salue vraiment l’engagement éthique de Balzac, engagement qui existe depuis le début et qui est inscrit dans l’ADN de la marque. Ce n’est pas une tentative de surfer sur les tendances, c’est une vraie volonté depuis le départ. Une bien jolie marque ! Petit plus : les accessoires sont tous très réussis !

Saaj Paris

100% made in France

Alors Saaj… Comment dire. C’est vraiment mon coup de coeur de ces dernières années. J’ai reçu ma première commande il y a peu et les matières sont juste à tomber par terre, tout comme la coupe et les motifs. J’ai commandé un chemisier (ci-dessous) que je trouve superbe. Les couleurs, qui ne plairont pas à tout le monde j’en conviens, sont magnifiques, le doré ressort bien, les motifs sont vraiment beaux et tout est bien pensé jusqu’au jolis boutons. Je suis époustouflée par l’épaisseur de ce beau tissu. Pour vous dire, je portais des sous-vêtements noirs sous ma chemise et on ne voyait strictement rien. Ravie, ravie, RAVIE ! Les motifs de tous leurs modèles sont vraiment très jolis, piles dans la tendance. Bref, pour moi gros gros coup de coeur pour Saaj, j’ai hâte de repasser commande !

Edit 08.05.2020 : Une lectrice m’a interpelée sur la composition des nouvelles collections de la marque. En effet, beaucoup de vêtements étaient en viscose. Je vous invite à lire mon article sur l’impact environnemental de nos choix vestimentaires pour en savoir plus sur les différentes fibres. Suite à ce commentaire, j’ai passé en revue la collection de printemps de Saaj et malheureusement à ma grande déception je note l’utilisation de beaucoup de polyester, de viscose, etc. Je vois dans la description du concept qu’on parle de 60% de belles matières et dans ces “belles matières”, la mention de la viscose. Non, non et non… Je suis vraiment très déçue. Et alors quelle surprise de découvrir cette discrète mention : “Les pièces SAAJ sont exclusivement imaginées, dessinées et créés à l’Atelier SAAJ, au coeur de Paris. La quasi-totalité de notre production est française. Pour la fabrication de chaussures et sacs, nous ouvrons depuis peu nos portes au Portugal, connu pour son cuir de qualité.”

Tiens, tiens, tiens… Le Portugal ? Est-ce que ce n’était pas aussi le premier pas de Sézane hors de France ?

Par soucis de transparence je vais laisser Saaj dans mon article mais je ne suis pas prête de repasser commande chez eux.

Seven August

100% made in France

Tout cet amour pour la gaze de coton et pas de mention de Seven August ? Impossible ! Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, Seven August est vraiment LA marque qui a lancé la gaze de coton ces dernières années. D’ailleurs, petite parenthèse si vous ne savez pas à quoi ressemble cette matière, c’est le tissu qu’on utilisait autrefois pour les langes. J’en ai retrouvé récemment chez ma grand mère (encore elle !), qui les a transformés en torchons depuis. C’est un tissu léger et aérien, très agréable à porter ! Revenons à Seven August. Le design des différents articles est très réussi. Les pièces sont simples, élégantes et intemporelles, tout ce que j’aime ! Elles ont toujours un petit détail en plus qui rend vraiment le vêtement chic et le faire sortir du lot. Dernièrement une collaboration a été faite avec Charlène de The Babooshka, une vraie réussite car toutes les pièces sont sublimes. Peut-on d’ailleurs s’arrêter 5 minutes sur cette robe dont le décolleté a été pensé pour être ajustable et donc s’adapter aux envies des unes et des autres et à toutes les situations ? Qui d’autre propose ça ?Vraiment je suis fan. Dommage que tout soit sold-out aussi vite ! C’est la rançon du succès !

R. de Lune

100% made in France

Dernièrement je suis dans une recherche de garde robe plus éthique. C’est aussi pour ça que je n’achète plus Maje, Sandro, Claudie Pierlot et Ba&sh et que je m’éloigne aussi de Sézane (malgré un marketing orienté vers le “on est éthique, on fait des audits de nos ateliers” qui fera sourire ma copine Clémence qui bosse en RSE). Je voulais tester R de Lune qui propose des vêtements éthiques en gaze de coton. J’ai commandé un top vraiment joli, bien fini, simple et élégant à la fois. La coupe est parfaite, les finitions sont très qualitatives. Je trouve la matière super confortable et ce n’est pas pour me déplaire par ces températures tropicales. Je pense que je repasserai commande sans hésiter !

Anamour

Encore une jolie marque. Une belle petite collection. J’ai découvert Anamour cet hiver avec ces pulls magnifiques. Magnifiques oui, mais en angora, une matière que je refuse catégoriquement de porter car je lui trouve trop d’inconvénients. C’est vrai que c’est très joli l’angora mais les peluches partout et l’obligation de brosser chaque vêtement, objet ou être humain passant près de mon pull, euh comment dire… Merci mais non merci. Du coup cet été quand j’ai vu passer des petits tops en gaze de coton j’ai foncé. Et à ceux qui se pose la question “mais ne porte-t-elle que de la gaze de coton ?” la réponse est non – mais c’est vraiment confortable 😉 Je trouve que c’est vraiment une belle marque. Encore une boutique chez qui je n’hésiterai pas à repasser commande.

Bobbies

100% made in Portugal

Ah Bobbies ! Je crois qu’il n’y a pas une saison depuis plusieurs années où je n’ai pas un coup de coeur pour un des modèles de la marque. Des bottines, des escarpins, des sandales, des mocassins, des slippers et même des boots grand froid. J’aime tout chez Bobbies et je possède maintenant un bon nombre de paires ! Pour moi ça reste vraiment une marque qui se détache. Les prix sont assez élevés mais le design est toujours réussi et la qualité est quasi irréprochable. Ma seule mauvaise expérience concerne une paire de derbies dont les lacets m’ont lâchés au bout de 2 ou 3 ports. En dehors de ça rien à dire tout est beau et résistant.

Volaje

100% made in France

Dire que j’ai failli oublier Volaje ! C’est une marque qui me plaît autant par ses réalisations que par son histoire et plus précisément par le parcours de sa créatrice, qui a quitté son emploi chez Mazars en 2018 pour vivre pleinement sa passion pour la couture en créant sa marque. Un très joli parcours et une belle audace ! Toutes les pièces sont faites en France et on ressent vraiment la passion pour la couture de la créatrice dans le design et la façon de penser ses modèles. En effet, elle propose pour de nombreux modèles de jupes et de robes plusieurs longueurs possibles pour la même taille. Un vrai plus ! C’est quelque chose qu’on ne voit pour ainsi dire jamais et qui fait échos au vrai fait-sur-mesure. On est ici dans une vraie démarche de couturière professionnelle, je dirai même dans une démarche d’artisanat d’art, qui propose des produits très personnalisés. Je n’ose pas imaginer la quantité de travail qu’un si large panel de choix doit créer. Une bien belle découverte à des prix en plus très accessibles ! Bravo Volaje !

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Voilà pour ma petite sélection. Mon rapport à la mode et aux vêtements a beaucoup changé ces dernières années. Je fuis la fast fashion, je fuis les matières polluantes comme le polyester et autres dérivés de la pétrochimie (article à venir sur l’impact de nos vêtements sur l’environnement). De manière générale, j’ai revendu beaucoup de choses sur des sites de vente de vêtements de seconde main et je limite vraiment les achats, ce qui me permet finalement de moins dépenser tout en achetant de la qualité en choisissant soigneusement les pièces de mon dressing parmi les marques ci-dessus.

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Vous connaissez d’autres marques éthiques, qualitatives, made in France ou autre que vous voulez partager ? N’hésitez pas à laisser un commentaire ! J’en ai oublié ? Hm oui c’est bien possible ! Le dialogue est ouvert ci-dessous !

10 Replies to “Les vêtements de qualité existent-ils encore ?”

  1. Quelle pépite cet article ! Merci, je découvre de très jolies marques. Pas encore assez connues pour retrouver leurs modèles sur Vinted, mais les prix restent effectivement abordables à côtés de ceux de Sandro, Maje, etc…

    1. Merci beaucoup ! On commence à trouver Songe Lab sur Vinted. Je pense qu’on peut aussi trouver Bobbies et peut être aussi Balzac. Après effectivement pour le reste c’est un peu plus difficile. Question prix c’est clair qu’on est bien en dessous de ce que propose aujourd’hui Maje & co et au final ça me dérange moins de dépenser autour de 150/200€ pour une robe dans de belles matières plus éthiques que de mettre plus de 250€ dans une robe en polyester Claudie Pierlot 🙂

  2. Bonjour,

    Merci pour cet article ! Pour ma part, pour femme enceinte, je recommande la marque Joli Bump, un peu plus chère que d’autres marques mais les vêtements sont très confortables et on peut les porter tout au long de la grossesse. Le confort à cette période n’a pas de prix !

    1. Bonjour Mathilde,

      Je ne connaissais pas Joli Bump et c’est dommage car je viens d’accoucher 🙂

      Merci pour la recommandation du coup, je testerai !

  3. Coucou 🙂

    Je vois à la fin de ton article que tu dis vouloir fuir les matières polluantes telles que le polyester. Or, le viscose (très utilisé, par exemple chez saaj Paris) bien « qu’écologique » est très polluant dans sa production.
    Quel est ton avis là-dessus s’il te plaît (sachant que tu en sais sûrement mieux que moi) ?

    Et merci beaucoup pour ton article au top ! 🙂

    1. Bonjour Christelle 🙂

      Merci pour ton commentaire ! C’est un très bon point que tu soulèves. Effectivement viscose mais aussi lyocell et modal par exemple, sont des fibres qui ont besoin de beaucoup d’eau pour être transformées. La viscose pose aussi le problème de son mode de fabrication qui utilise de la soude caustique et parfois aussi du disulfure de carbone et de l’acide sulfurique, qui ne sont pas recyclés et qui peuvent finir dans la nature. Je continue à faire des recherches sur les différentes fibres et les différents labels, il serait surement utile de détailler d’avantage le point de la viscose dans mon article. Mes recherches me montrent en tout cas qu’il est très difficile de faire un “bon choix”. Par exemple, pour le coton bio, il est possible d’utiliser des fleurs de coton bio et de maintenir ensuite tout le traitement très polluant pour blanchir et teindre le coton. Quelle est donc la valeur de ce coton bio ? C’est là que les labels prennent tout leur sens car ils garantissent un procédé plus clean du début à la fin. Pour revenir à ta question sur la viscose, je pense effectivement que c’est une fibre qu’il faudrait éviter et remplacer par du lyocell ou du modal par exemple, bien que ces deux fibres consomment aussi beaucoup d’eau, le procédé de transformation est beaucoup moins polluant. En clair, est-elle plus écologique que le polyester ? Je ne crois pas et j’ai également noté que les fibres de viscose se retrouvaient dans les océans… Très mauvais point donc. Je suis passée sur le site de SAAJ pour voir les différentes compositions de la capsule d’avril et je suis très déçue de constater également l’arrivée du polyester. C’est dommage. Je vais mettre à jour l’article et étayer d’avantage la partie sur la viscose.

      Merci beaucoup en tout cas pour ta question très pertinente 🙂

      Hélène

  4. Sans faire de mauvais esprit, le phénomène que tu décris est inhérent au capitalisme et à la grande échelle. Je m’explique, quand on est un petit atelier avec une boutique et quelques distributeurs il est “facile” de produire à la main et de s’assurer de la qualité de ce qu’on propose. Quand la marque prend son envol et que les quantités à produire s’envolent, ça devient vite plus compliqué. Tout bêtement, produire autant et aussi bien coûterait soit beaucoup plus cher, soit prendrait trop de temps. Au final, plus la marque prend de l’ampleur, plus produire de manière qualitative en gardant l’ADN de la marque devient impossible. Certains en abusent (MSCP…Comptoir des cotonniers, Kooples….), d’autres choisissent de limiter leur expansions ce qui impacte la viabilité de la marque à long termes (je n’ai pas d’exemple mais n’hésitez pas si vous en avez) et d’autres quittent l’aventure. Je vais faire un parallèle qui fait grincer des dents mais quand on étudie l’histoire de McDonald’s ou Starbucks on se rend compte que la trajectoire est similaire. Au départ, les deux étaient des petits coins de paradis avec un concept novateur, dans les deux cas l’expansion s’est faite en dénaturant la marque et les fondateurs ont préféré partir parce que ça ne correspondait plus à leur vision.
    Pourquoi ce message? Parce que je pense qu’une des leçons à tirer de ces constats, c’est que la quête de vêtements de qualité est une quête de renouveau permanent. Compter sur une marque pour le faire c’est ignorer le phénomène décrit plus haut ou être prêt à payer ces pièces plus chers pour une qualité qui va surement changer. Je pense que tout ça est un arrache coeur aussi bien pour les consommateurs que pour les marques. Si on aime une marque, on veut la voir grandir, mais si elle grandit, elle va se transformer. Désolé du post un peu long.

    1. Merci pour ce commentaire très qualitatif 🙂
      Je suis tout à fait d’accord avec toi, bien sûr que la croissance d’une entreprise implique des modifications dans sa façon de faire pour pouvoir faire face à une augmentation de la demande. Je trouve cependant assez malheureux que des marques qui proposaient à la base des articles de qualité avec de belles matières changent radicalement leur fusil d’épaule pour proposer du polyester made in China au même prix voire, et c’est souvent plutôt dans ce sens là, plus cher qu’avant. On peut produire plus tout en respectant l’ADN de la marque. En réalité les marges dans l’industrie de la mode sont énormes. Oui, ça coûte plus cher d’utiliser de belles matières et de produire en France mais dans ce cas là autant proposer un choix. Je pense notamment à la marque Numéro Sept qui permettait de choisir entre payer un peu plus et avoir la version made in France ou payer un peu moins et avoir une version faite en Europe.
      D’autant plus que dernièrement la tendance est vraiment de créer une rareté artificielle des pièces en annonçant un lancement de collection tel jour à telle heure avec une menace implicite de ne jamais pouvoir obtenir une seule pièce si on n’est pas connecté(e) en temps et en heure. Je veux dire par là que les marques veulent faire croire qu’elles produisent à petite échelle donc finalement autant produire en quantité plus raisonnée mais mieux. Beaucoup de marques ont basé leur marketing là-dessus depuis que Sézane a lancé la tendance, c’est dommage que ça ne soit rien de plus qu’un argument de vente.
      Je suis d’accord, quand on aime une marque, on veut la voir grandir mais l’objectif des marques n’est pas vraiment de satisfaire les fans de la première heure mais simplement d’étendre la base de ses consommateurs au maximum. Est-ce que ça ravit les client(e)s qui ont soutenu la marque dès les premiers jours ? J’en doute. Par exemple, Maje faisait de très beaux articles il y a plus de 10 ans. Puis la marque a changé. J’étais une cliente fidèle au départ mais je m’en suis rapidement détournée. Aujourd’hui Maje vend ses articles partout dans le monde, à des prix beaucoup plus élevés qu’avant. Est-ce que j’aime encore Maje ? Non, et je ne suis pas la seule à ne plus être cliente. Cependant la clientèle internationale a largement compensé la perte des premières clientes qui voyaient en Maje une jeune pousse prometteuse. Je pense que tu as raison, c’est une quête de renouveau permanent et c’est bien dommage que personne ne prenne le parti de vraiment faire de la qualité même en évoluant vers une production plus importante. Non seulement d’un point de vue du consommateur qui recherche de la qualité mais aussi d’un point de vue environnemental car sans cracher systématiquement sur le made in China, l’industrie textile reste une des plus polluantes du monde. C’est un fait.
      Pour finir je te rejoins dans ton analyse de Starbucks et Mc Donald’s. C’est effectivement un problème qui va bien au-delà de l’industrie de la mode et qui est lié au fonctionnement de la société d’aujourd’hui, tristement basée sur la consommation et l’accumulation de profits. J’espère que les évènements récents et une conscience écologique qui s’éveille doucement parmi les populations ouvriront au moins la voie pour une remise en question du mode de fonctionnement de notre société.

  5. bonjour, je viens de voir des pantalons fabriqués en Tunisie pour Balzac Paris, donc ce n’est plus 100% Made in Europe, commence t-elle à rentrer dans le même chemin que maje, sandro, sezane ?

    1. Bonjour,

      C’est bien possible, je vais mettre à jour l’article 🙂 Merci pour l’info !

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