Grossesse et coronavirus

Par où commencer… C’est clairement un article que je n’aurais jamais pensé écrire. J’ai commencé à l’écrire en fin de grossesse, mon accouchement étant prévu pour le 31 mars. J’ai accouché le 21 mars, en plein coeur d’une crise sanitaire sans précédent liée à l’épidémie de coronavirus COVID-19.

La prise de conscience de la crise du coronavirus

Ici comme partout, la prise de conscience de la gravité de la maladie a pris du temps. Je me souviens encore de ma réaction quand mon frère m’envoyait mi-janvier un article évoquant une mystérieuse maladie découverte en Chine. Je pensais bêtement que tout ça serait contenu, que nous étions à l’abris en Europe. La grossesse occupait tout mon esprit et je n’avais pas envie de stresser pour rien.

Les jours ont passé, les articles sur le sujet ont fleuri. J’ai commencé à vraiment m’intéresser au sujet et à m’informer sur un large éventail de supports médiatiques mais aussi via des études qui commençaient à être publiées. Ayant commencé mon parcours universitaires par des études scientifiques, je n’étais pas complètement perdue (bien que loin d’être qualifiée pour tout comprendre) face aux termes médicaux et aux études scientifiques complexes. Au fil des jours, j’ai commencé à prendre la mesure de la gravité de la crise du coronavirus.

Les premiers cas ont commencé à arriver en Europe, tout d’abord contenu puis dans des proportions qu’on connait aujourd’hui. L’angoisse a commencé à me gagner à mesure que les jours passaient. J’étais déjà arrêtée pour raisons médicales en vue de l’accouchement qui approchait et je passais une grande partie de mon temps à me renseigner sur le sujet. Le stress était tel qu’à un certain point j’ai décidé de ne plus me renseigner et d’éviter soigneusement les émissions qui abordaient le coronavirus.

J’ai fini par en discuter avec mon gynécologue en février, qui m’a bien rassurée. Puis l’épidémie a continué sa progression, notamment en Suisse et la panique a commencé à me gagner à mesure que je voyais mon terme s’approcher.

Les mesures de protection contre le coronavirus de l'OFSP

Une fin de grossesse en demi-teinte

Ce serait mentir que de dire que j’ai vécu une fin de grossesse sereine, idéale et tranquille. Avec l’épidémie, tout a été chamboulé. J’ai commencé à vraiment stresser, notamment parce que mon terme, annoncé pour le 31 mars, semblait tomber en plein pic épidémique à en croire les différentes informations trouvées ici et là. J’ai continué le yoga prénatal jusqu’au bout. C’était ma bulle d’air, loin de l’épidémie mais peu à peu même le yoga a été touché. Au départ les mesures d’hygiène ont drastiquement augmenté puis les cours ont fini par être annulés.

L’augmentation exponentielle de cas en Europe m’a progressivement fait réaliser que mon séjour à la maternité, que j’avais soigneusement préparé depuis des mois, avait peu de chance de pouvoir se dérouler comme prévu. Pire, je commençais à craindre d’être moi-même contaminée et séparée de mon bébé à la naissance. J’avais également très peur que le papa ne puisse pas assister à l’accouchement ou ne puisse pas rester ensuite avec moi. C’est d’ailleurs le cas désormais dans certaines maternités. Je craignais également que les anesthésistes, qui sont aussi réanimateurs, ne soient pas disponibles, rendant impossible le recours à la péridurale. Face à tout ça, nous avons décidé de demander un déclenchement anticipé 2 semaines avant le terme. Nous en avons longuement discuté avec mon médecin, qui n’était plus aussi rassurant que lors de ma visite de février. Il m’a expliqué qu’effectivement la situation évoluait très vite et que tous les accouchements étaient potentiellement chamboulés. Lui-même, qui travaillait normalement uniquement avec les cliniques privées, avait été réquisitionné à 50% de son temps pour des accouchements aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), l’hôpital cantonal public. Il m’a confirmé qu’en cas de contamination il y avait en Suisse une séparation du bébé et de sa mère. Il avait lui même plusieurs patientes COVID. Il m’a bien dit que dans ces cas là tout était assez “industrialisé” et que ni lui ni la clinique ne pourrait s’occuper de moi si j’étais malade. Il était d’ailleurs prévu que dès la semaine du 30 mars des femmes accouchent en clinique privée alors qu’elles n’avaient pas forcément l’assurance qui couvrait les frais y relatifs. Le but étant de décharger les HUG. Par conséquent, à la lumière de tout ça, il a compris mon choix et m’a confirmé qu’il ne voyait pas d’objection à me déclencher surtout que mon terme était très proche. Le déclenchement avait été prévu pour le 23.03 soit 8 jours avant le terme officiel.

Finalement, la nature fait bien les choses et notre bébé a décidé de pointer le bout de son nez de lui même 2 jours avant la date prévue du déclenchement ! 🙂

Nous avons eu énormément de chance. Le séjour a pu se passer comme prévu initialement. Le papa a pu être là pendant tout l’accouchement et tout le séjour, qui a duré 4 nuits. Une vraie parenthèse enchantée, choyés par le personnel de la Clinique.

Naissance d'un bébé

Le retour à la maison

Le côté médical

Le post-partum aussi est très impacté par l’épidémie. Heureusement, les sage-femmes continuent leur travail et rendent toujours visite à leurs patientes mais avec un masque. En Suisse, les mamans ont droit à 16 visites de sage-femme. C’est un soutien indispensable que celui d’une sage-femme pendant le post partum.

Nous souhaitions voir un ostéopathe après l’accouchement pour notre bébé. Malheureusement les consultations d’ostéopathie, pourtant disponibles au sein de la clinique, ne sont plus possibles pendant la pandémie.

Pour ce qui est du pédiatre, tous les contrôles avaient été fait à la maternité. Nous n’avons donc pas de rendez-vous à faire avant le contrôle du 1er mois. Un vrai soulagement.

La vie de tous les jours

Evidemment quand on pense au retour à la maison avec son nouveau né, on imagine pouvoir sortir se promener avec notre poussette au parc, faire de longues balades au bord du lac et présenter fièrement le nouveau membre de notre famille à nos parents et amis.

Avec l’épidémie, tout a été chamboulé. Nos parents, qui vivent loin et qu’on avait prévu de recevoir 2 semaines après la naissance, ne peuvent pas passer la frontière et même s’ils le pouvaient le risque serait trop important tant pour eux que pour nous et notre bébé. Pas de visites donc, même nos amis de la région ne peuvent pas venir nous voir.

Papa et son bébé

Nous vivons donc confinés. D’un côté il faut voir le positif, nous vivons dans notre petite bulle de bonheur tous les 3, nous apprenons notre nouveau rôle de parents, nous découvrons notre bébé qui change de jour en jour. Je dois dire que ça aurait sûrement été beaucoup plus difficile sans notre bébé, qui est un vrai rayon de soleil dans nos journées, du bonheur à l’état brut. En plus, pour le papa c’est génial. Il a 3 semaines de congés paternité et ensuite il va travailler à distance ce qui va lui permettre de passer beaucoup plus de temps que prévu avec son fils. D’un autre côté, clairement l’ambiance est vraiment spéciale. On ne sort pas. Jamais. Seul le papa va faire les courses, va à la poste au besoin et à la pharmacie. Pour le reste, nous ne sortons pas. Et même ces petites sorties nous rendent angoissés. Que se passera-t-il s’il est contaminé ? Nous n’avons pas de famille ici, personne pour s’occuper de notre bébé si nous devions tous deux être malades. C’est un stress énorme pour nous. On se raisonne, on se dit que dans la grande majorité des cas les symptômes ne nécessitent pas une hospitalisation mais malgré tout, allaiter, s’occuper d’un tout petit, tout ceci demande beaucoup d’énergie et c’est clairement ce qu’il risque de nous faire défaut si nous devions être malades. Du coup, nous sommes très prudents, nous respectons scrupuleusement les recommandations en terme de distanciation sociale et d’hygiène.

Nous avons la chance d’avoir deux grandes terrasses, ce qui nous permet d’avoir l’illusion de “sortir” et l’agréable sensation de l’air frais et des rayons du soleil sur le visage… C’est toujours ça !

Voilà pour mon partage d’expérience. N’hésitez pas à partager la votre dans les commentaires 🙂

Je tiens à profiter de cet article pour rendre hommage aux soignants et à les remercier pour leur travail extraordinaire. J’espère que des leçons seront tirées de cette crise et qu’ils seront récompensés comme il se doit.

Et n’oubliez pas le plus important pour que tout rentre dans l’ordre rapidement et pour ne pas surcharger nos systèmes de santé : Restez chez vous !

Les recommandations de l’OFSP sont ici.

Pour vous protéger et protéger les autres du coronavirus : restez chez vous !

Pour retrouver mon article sur le déroulement d’une grossesse en Suisse, c’est par ici.

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