Un régime avant l’été ? Non merci !

Avant l’été, c’est tentant, on a pris 2/3 kg pendant l’hiver, on se sent un peu serrée dans son jean et la perspective de devoir se mettre en maillot de bain dans les semaines/mois à venir est.. difficile. Cet hiver, après une période intense au travail, le couperet tombe +4kg. Malgré cela, je suis une anti-régime convaincue et je ne me laisserai pas happer par les sirènes du dernier régime à la mode.

Halte aux régimes !

Mon histoire, ma prise de poids

Il y a quelques années, j’étais étudiante à l’université. Première vraie année d’études après 2 ans enfermée à étudier pour le concours de la première année de médecine, premières soirées avec les amis à faire la fête, premier appartement, premiers repas à se cuisiner seule. Au bout de quelques mois à manger n’importe quoi et à avoir un rythme de vie mouvementé, la prise de poids est sans égale. Je passe d’un tout petit 55kg à 62kg. J’étais très mince au départ, donc pas trop paniquée par la prise de poids. Mais quand même, 7 kilos en quelques mois c’est une pente glissante. Ma mère me trouve bouffie, m’incite à faire quelque chose. Mais ma mère a un gros problème d’alimentation dont je ne me rendais pas compte à l’époque. Une discipline de fer, permanente. Un goût pour la mode et le corps parfait qui la pousse à se priver de manière excessive. Surtout à midi, quand elle mange seule. Ma mère était pour moi un modèle. Mince, belle, toujours pomponnée, toujours au top. Elle peut tout porter tant elle est mince et vante en permanence les avantages que lui apportent ce poids extrêmement bas. Ma mère qui admire depuis toujours les corps longilignes et déteste les formes. Elle qui explique en permanence manger de tout et ne jamais se priver mais qui se nourri chaque jour d’une pomme et d’un yaourt pour seul repas de midi (parfois remplacé.. par des courgettes). Elle qui mange avec nous en famille le dimanche sans se priver mais qui ne mange ensuite plus rien jusqu’au lundi soir. Enfin, elle qui abuse du sport, qui ne jure que par l’esthétique et refuse de ne plus rentrer dans un jean en taille 34. A 20 ans, on a peu de recul. Quand votre mère vous dit que vous êtes grosse et bouffie, ça fait mal, notre confiance en soi en prend un coup, notre image aussi.

Quand quelqu’un que vous aimez vous dit que vous êtes gros(se) ça fait mal, la confiance en soi en prend un coup, l’image qu’on a de soi aussi.

Un dimanche de printemps, une émission TV nous parle du dernier régime à la mode. Le régime Dukan. Je tiens à en parler ici. Ce régime a été pour moi le début de l’enfer. Un calvaire sur fond de prise de poids. Ma mère est tout de suite emballée par le régime. Le trouve génial. Parfait. Extraordinaire. « C’est ce qu’il te faut ! C’est pour toi ». Le lendemain matin elle m’a préparé pour le petit déjeuner du blanc de poulet, me dit de tenir, qu’il le faut, que je suis en train de « me sacrifier » (aka grossir). Je rentre dans mon appartement, je vais faire des courses, m’achète le livre du Dr Dukan et démarre le régime très motivée. Pour ceux qui ne connaisse pas ce régime, c’est une diète basée sur la consommation de protéines. La première semaine est 100% protéines (maigres) et ensuite s’alternent des phases pendant lesquelles on peut également manger des légumes avec des phases 100% protéines. Le Dr Dukan indique qu’il faudra faire 1 journée 100% protéines par semaine pendant le reste de sa vie pour maintenir les effets du régime. Cependant, je n’aime pas trop la viande. Le régime est pour moi difficile. Les plats insipides, j’aime la gastronomie, la bonne cuisine, la sauce, les pâtes. D’origine italienne, j’ai baigné dans cette culture depuis toujours. Amoureuse des pâtes et du parmesan, me retrouver à devoir manger du fromage blanc, du surimi et du blanc de dinde était proche de la torture. Au bout de 3 jours, je me sentais vraiment mal. J’avais perdu 3 kilos mais c’était dur. J’avais faim en permanence, je ne pensais plus qu’à manger. J’étais déjà écoeurée de la plupart des ingrédients recommandés par le régime Dukan. C’était pour moi le jour du retour chez mon père pour le weekend. Sur le chemin, je craque et mange un bout de pain et un paquet de bonbons. Le soir, je mange une salade, ne pouvant plus envisager un seul morceau de viande. Le lendemain, c’est la douche froide, +2kg. C’est le début d’un cercle vicieux délétère : le yo-yo et l’enchainement sans fin de régimes.

Une semaine après la fin de mon régime Dukan, mon corps est déboussolé et la facture est salée : + 5kg. Je ne vis pas avec ma mère mais avec mon père, ce qui me permet d’éviter autant que possible les remarques assassines de cette dernière sur mon poids.

Après cet échec, je décide de trouver un régime qui me ressemble d’avantage. J’ai tout testé, tous les régimes sans exception. Des plus strictes aux plus farfelues. Du régime Mayo au régime soupe aux choux. J’ai tenté les protéines en poudre, les cures de légumes, les cures détox, le jeun, tout. Chaque phase de privation étant marquée par une augmentation considérable de mon obsession pour la nourriture. Ne pensant plus qu’à ça, littéralement, du matin au soir. Bien sûr, ces régimes très contraignants se sont tous soldés par des échecs à court ou moyen terme. Entre chaque régime, une phase boulimique. Une phase « perdue pour perdue, je ferai le régime demain ». Des phases d’empiffrement. Là aussi, littéralement.

Au bout de deux ans, la prise de poids était de 25 kilos. Je me cachais dans des vêtements amples. Affronter le regard dur et déçu de ma mère était tout simplement horrible. Sans parler, je voyais dans ces yeux que je la dégoutais. J’étais devenue « grosse » et pour elle c’était pire que tout. La honte d’avoir pour fille quelqu’un qui fait le double de son propre poids. Chaque rencontre avec elle se soldait par une phase de « consolation via le nutella ». Une catastrophe, ni plus ni moins. Je ne lui en veux pas parce qu’elle ne s’en rendait pas compte, mais son influence a été délétère.

 

Apprendre à se donner le temps de perdre du poids et à rééquilibrer son alimentation

A l’époque, ma mère consultait une médecin nutritionniste pour prendre du poids suite à un problème de santé. Assez désespérée pour mon cas, elle m’a dit d’aller la voir, d’essayer de me faire aider. C’était sans doute le seul et unique bon conseil de ma mère sur ce sujet.

Ma première consultation avec ma nutritionniste a été une révélation. Un soulagement. Je lui ai expliqué mon histoire, ma prise de poids, mais au contraire de ma mère, elle n’a pas semblé désespérée par mon cas, au contraire. Elle m’a expliqué voir de plus en plus de patients passer sa porte suite à un régime Dukan. Qui à moyen/long terme ne fait que renforcer la prise de poids. Elle m’a dit aussi s’inquiéter de tous ces produits « light », « zero calories » et autres qui fleurissent dans nos rayons, ne faisant rien d’autre que remplacer le sucre par un produit chimique dont les effets sont mal connus et qui n’apaise pas forcément les envies de sucre initiales de son consommateur.

Mon médecin nutritionniste m’a redonné confiance en moi.

Je lui ai expliqué aimer la nourriture mais me priver énormément. Alternant des phases pendant lesquelles je ne mangeais presque rien avec des phases de gavage gargantuesque. Elle m’a dit ne pas me donner de régime et n’en donner à aucun patient. Elle n’y croit pas. Ce n’est pas comme ça qu’on perd du poids. Son crédo, c’est le rééquilibrage alimentaire. Je lui explique ce que j’aime manger, ce que je n’aime pas, comment je mangeais avant tous ces régimes. Pendant une semaine, je prend des notes sur ce que je mange chaque jour et quand. Puis, ensemble, on travaille sur des recettes qui vont m’aider, des petites astuces qui vont me permettre de manger mieux sans manger beaucoup moins. J’apprend à stopper le grignotage, à reconnaître la satiété pour ne pas manger plus que nécessaire. Ma nutritionniste me prévient, je vais perdre lentement. On prend du poids beaucoup plus vite qu’on le perd si on veut que ce soit durable. Elle me dit qu’on ne devrait pas perdre plus de 10 kilos sur une année, ce qui est déjà beaucoup. Je perd effectivement lentement. En deux ans, j’ai perdu environ 20 kilos. Les résultats sont stupéfiants. Mon poids a baissé doucement, tranquillement, sans pression. Pas de pesée quotidienne qui ne sert à rien d’autre qu’à nous culpabiliser, une pesée par semaine suffit amplement. Pas de perte démesurée et du coup pas de reprise tout aussi extrême. Mon poids fluctue, je ne perd pas chaque semaine, ce n’est pas régulier, mais sur ces deux années j’ai perdu quasiment tout ce que j’avais pris. Le mieux étant que je n’ai pas faim, je ne suis plus obsédée par la nourriture, j’ai retrouvé le goût des bonnes choses, de la bonne cuisine, des bons petits plats dont je ne me prive plus.

C’était il y a 5 ans. Aujourd’hui, je n’ai pas repris le poids perdu (exception faite des 4 kilos engrangés en Février/Mars). Mon poids est très stable. Je ne prend pas vraiment de poids, je n’en perd pas non plus. Je ne grignote presque plus et la satiété est devenue tellement forte que je ne peux plus rien avaler quand je n’ai plus faim. J’ai appris à m’écouter et à être raisonnable tout en continuant à me faire plaisir. Je n’hésite pas à manger une grosse raclette l’hiver ou à prendre l’apéro avec des amis. J’applique toujours les conseils de ma nutritionniste lorsque comme dernièrement, 3/4 kilos font leur apparition (ce qui est devenu très rare).

Mon conseil est donc simple : pas de régime. Surtout pas. C’est le début d’un cercle vicieux dont il est difficile de sortir, on croit perdre rapidement mais on reprend souvent tout aussi vite à moins d’avoir une discipline de fer toute sa vie. Pour perdre durablement et pouvoir profiter d’un des plaisirs les plus importants dans la vie, il faut rééquilibrer son alimentation et se donner le temps. Faire un régime Dukan pour l’été puis reprendre 10 kilos par la suite n’a aucun intérêt, ce n’est que le début d’une spirale sans fin, du fameux Yo-Yo et d’une prise de poids inconsidérée. Ma mère et ma grand mère ont toujours vécu dans cette logique que pour être et rester mince, il fallait se priver en permanence. Déjà il est important de définir ce qu’on entend par mince. Ma mère n’est pas mince, elle est maigre. Avoir la peau sur les os ne doit pas être un objectif et effectivement pour atteindre ce type d’objectif il faudra souvent manger très peu. En revanche être mince est tout à fait possible sans être en permanence au régime. Ma grand-mère me demandait souvent pendant ma période de perte de poids si j’étais au régime. Elle était convaincue que les gateaux qu’elle préparait n’étaient pas pour moi (merci au passage..!), que peut être je ne devrai pas trop me servir, etc. Les remarques sont parfois blessantes, mais j’ai tenu, je lui ai expliqué le principe de mon rééquilibrage alimentaire, je ne me prive de rien, je mange en quantité raisonnable et je mange de tout.

Enfin, un dernier conseil à celles et ceux qui veulent perdre du poids, ne supprimez pas les féculents de vos assiettes. Ils sont une des clés de la réussite de votre régime. J’entendais souvent des commentaires disant qu’en supprimant les féculents de l’alimentation la perte de poids était spectaculaire. Oui, mais les féculents sont des sucres lents, ils tiennent au corps, il permette de lutter efficacement contre le grignotage par exemple. Ma nutritionniste a beaucoup insisté sur la nécessité de continuer à en manger.

Faites vous aider par un médecin et donnez vous le temps de perdre du poids.

En conclusion, faites vous aider par un médecin. Pas par un charlatan qui veut faire le buzz et construire une fortune sur la naïveté des uns et des autres. Ne vous découragez pas. Au début d’un rééquilibrage, il est normal parfois de prendre un peu de poids, on remange à nouveau des quantités normales, on mange des aliments qu’on avait parfois mis de côté (les féculents notamment). Pour perdre du poids, le corps a besoin de temps. Donnez-lui !

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